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Le mot d’ordre du moment: unité et solidarité

Flagge von Europa

Flagge von Europa, © Colourbox

02.01.2016 - Article

L’intégration européenne est une ‘success story’ incomparable. Elle nous a assuré la paix en Europe après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. C’est bien cette perspective historique qu’il ne faut pas perdre de vue lorsque l’on discute aujourd’hui de l’avenir de l’Union européenne. Tout comme nous devons être conscients de ce que les États européens ne pourront faire face aux défis posés par la mondialisation que s’ils se serrent les coudes. Il ne s’agit pas seulement des défis économiques. Ce sont plutôt l’instabilité et la multiplication des conflits armés à proximité de l’Union européenne, de même que le fléau du terrorisme qui nous rappellent les grands défis géopolitiques  et combien il  importe que les pays de l’Europe soient capables - ensemble - d’agir en matière de politique étrangère et de sécurité. Aucun pays de l’Union européenne n’est en mesure de venir à bout des grandes questions de notre époque en avançant seul.

Ceci étant dit, le peu de solidarité et de cohésion dont l’Union européenne a jusqu’à présent fait preuve suscite de profondes inquiétudes. Les membres de l’Union européenne feraient bien de se rapprocher à nouveau, de se serrer et de recouvrer leurs capacités d’action. Des semaines décisives les attendent. Lors des prochaines rencontres du Conseil européen des 18 et 19 février, deux thèmes essentiels pour l’unité de l’Europe seront au centre de l’intérêt : la crise des réfugiés et la question du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union.

C’est surtout sur la question des réfugiés qu’il n’y a eu un manque de réponses consensuelles de la part de l’UE. La session du Conseil européen du mois de février nous offre la chance de faire des progrès en direction d’une solution européenne. Il s’agira surtout de mettre en œuvre les mesures déjà décidées, puis aussi d’obtenir des résultats concernant les propositions de la Commission européenne pour une réforme de la protection des frontières extérieures de l’UE et pour un mécanisme permanent pour la relocalisation des demandeurs d’asile au sein de l’Union. Le temps presse. L’objectif est clair : l’afflux des migrants doit être réduit de manière significative. Ce faisant, l’UE doit à la fois procéder en restant en accord avec ses valeurs fondamentales. Il est dans l’intérêt bien compris de l’Europe de se prononcer fermement en faveur de ses valeurs ; ceci est d’autant plus vrai en cette époque où celles-ci sont de plus en plus remises en question dans d’autres parties du monde. Les souffrances humaines infligées par le bombardement de la ville d’Alep au cours de ces derniers jours sont là pour nous rappeler nos obligations humanitaires.

Si nous ne faisons pas de progrès dans la solution européenne de la crise des réfugiés, nous mettons en péril le système Schengen. Mais ce n’est pas tout : si nous ne tirons pas tous ensemble à la même corde, nous risquons de remettre en question les fondements-mêmes de l’intégration européenne avec toutes les conséquences qui en découleront.

Le Conseil européen des 18 et 19 février discutera aussi, sur base des propositions de son président Tusk, d’un nouvel arrangement pour le Royaume-Uni dans l’Union européenne. La première phrase de sa lettre du 2 février dernier aux membres du Conseil européen indiquait d’ailleurs déjà clairement l’objectif visé : « Préserver l'unité de l'Union européenne constitue pour nous tous le défi le plus important ». La position adoptée par l’Allemagne est claire : elle souhaite que la GB reste dans l’Union européenne. J’espère que le Conseil pourra trouver un accord qui permettra au gouvernement britannique de rendre l’idée du maintien du pays au sein de la communauté européenne attrayante aux yeux de ses électeurs. Toutefois, cet accord devra être conforme aux principes de base de l’UE tels que la libre circulation et la non-discrimination. Une sortie de la Grande-Bretagne n’aurait pas que des inconvénients pour l’UE ; la Grande-Bretagne elle-même aurait à faire face non seulement à de grandes pertes économiques, mais en serait aussi politiquement endommagée.

Les défis multiples auxquels l’UE se voit actuellement confrontés ne doivent pas nous amener à la résignation et au pessimisme. Voyons ces défis plutôt comme un incitatif à agir ensemble et de manière déterminée. Laissons-nous guider par la confiance en notre force commune et en la volonté d’affirmer notre identité européenne dans un univers mondialisé. Mardi, les ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs de l’Union européenne s’étaient donné rendez-vous à Rome. Le signal qu’ils y ont émis en faveur d’un renforcement de la solidarité européenne est censé donner une impulsion vers une sortie des crises fondamentales auxquelles l’Union est confrontée. Puis, nous avons besoin d’une renaissance de l’idée européenne particulièrement auprès des jeunes et de faire comprendre que la paix, la liberté et la prospérité ne sont pas des évidences. Aucun des pays de l’Europe ne peut les garantir à lui seul ; c’est précisément ce constat-là qui avait autrefois, après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, inspiré les créateurs du lancement de l’unification européenne. Le temps est venu de s’en souvenir.

 

par Rüdiger Lüdeking, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique

Tribune parue le 12 février 2016 dans le journal Le Soir

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