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Discours de l´Ambassadeur Lüdeking à l´occasion de la journée de l´Unité allemande 2017

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03.10.2017 - Article

- seules les paroles prononcées font foi -

Le 3 octobre 1990, c’est le jour de la réunification allemande, la fin de la division de l’Allemagne après quatre décennies. Pour nous, Allemands, c’est un jour qui nous réjouit, un jour où nous pouvons faire la fête, mais aussi un jour qui nous remplit de fierté.

Nous pouvons non seulement être fiers d’avoir réussi à réunifier le pays, mais encore être particulièrement fiers de la façon dont nous y sommes parvenus : par la patience, pacifiquement, en maintenant fermement le cap sur des valeurs fondamentales et en nous engageant indéfectiblement en faveur de l’unification européenne. Tels sont les piliers essentiels de la politique allemande qui ont guidé et qui guident encore les Allemands à ce jour.

Ces piliers sont nés des leçons à tirer de l’histoire sanglante du XXe siècle. Il me semble opportun de les rappeler aujourd’hui, précisément en cette époque où l’un ou l’autre enseignement du passé semble être négligemment jeté par-dessus bord, voire ouvertement méprisé ou même tout simplement être tombé dans l’oubli.

À quoi nous sert-il d’être encore toujours patients et persévérants de nos jours ? Gardons-nous de toute exaltation et attitude belliqueuse si dangereuse ! Ainsi, - comme dans le cas de la Corée du Nord, par exemple - l’Allemagne privilégie le dialogue et la diplomatie. S’il est bien une chose qui a été démontrée, c’est que l’ostentation belliqueuse ne mène à rien, au contraire même, elle renferme les risques d’une escalade. Même pendant la guerre froide, nous nous sommes patiemment et avec persistance efforcés de trouver des possibilités de communication et des solutions politiques. L’enjeu est tout simplement trop important ; il suffit de penser aux commémorations actuelles du centenaire de la 3e Bataille des Flandres pour nous rappeler combien la paix est un bien précieux.

En pensant devoir miser sur la patience, ce n’est pas un attentisme passif que nous avons à l’esprit, mais un engagement actif, réfléchi et infatigable dans la recherche de solutions politiques en accord avec nos valeurs centrales. Nous devons, bien-sûr, conserver une vision claire des réalités et des actions possibles à courte échéance, mais également saisir les belles occasions lorsqu’elles se présentent. C’est ainsi – avec patience et cohérence – on est parvenu à surmonter la division de l’Allemagne et celle de l’Europe.

Forts des bonnes preuves et des encouragements apportés par la réunification, c’est donc libres de toute peur et appréhension que nous pouvons diriger notre regard vers l’avenir. Nous avons de bonnes raisons d’être confiants.

Permettez-moi d’aborder un autre point qui me tient particulièrement à cœur : Je fais ce vœu que, lorsque nous commémorerons la 3e Bataille des Flandres dans quelques jours, nous ne pleurerons pas seulement les centaines de milliers de victimes qu’elle a coûtées ; nous devons en fait être conscients de notre obligation envers ces victimes, l’obligation de tout faire pour éviter une nouvelle guerre. C’est cette conscience qui a amené des politiciens perspicaces à la fin de la Seconde Guerre mondiale à miser sur une Europe unie. L’Europe est avant tout – et nous l’oublions trop souvent – un projet politique garantissant depuis plus de 70 ans la paix et la prospérité sur notre continent. Il est, par conséquent, que trop logique d’avoir solidement cimenté la réunification des deux États allemands dans les fondements de la maison Europe.

Je suis irrité de voir l’un ou l’autre en Europe miser à nouveau sur la carte populiste et nationaliste. À mes yeux, ces personnes ont oublié leurs cours d’histoire et font fi des enseignements que nous devons tirer des évènements du XXe siècle. Indépendamment de cette vérité – et cela me parait être une évidence -, il va de soi que seule une Europe forte et unie est capable de relever les grands défis actuels, de défendre efficacement ses valeurs centrales telles que la liberté, la démocratie et le principe de l’État de droit, et d’exercer une influence sur la construction de notre monde.

Les piliers fondamentaux cités ici seront ceux sur lesquels la politique étrangère de l’Allemagne continuera à se baser à l’avenir. L’Allemagne reste un partenaire fiable et prévisible. C’est ensemble avec nos amis que nous voulons renforcer l’unité de l’Europe. La Belgique joue là d’ailleurs un rôle important, puisque nous partageons avec elle une vision commune sur le future de l’Europe.

Permettez-moi, pour conclure, de vous faire part de quelques réflexions générales à propos des récents résultats des élections fédérales au Bundestag allemand. L’importance de ces élections a été sous-estimée par de nombreuses personnes ayant présumé une continuation du statut quo de la situation. À présent, en vue de la formation d’un nouveau gouvernement, nous voici placés devant des discussions et des concertations qui s’annoncent longues et ardues.

Et pourtant : il n’y a pas de raison d’être pessimiste ou alarmiste. Certes, le parti AfD ‘Alternative für Deutschland’ avec ses 12,6 % a fait un meilleur résultat que celui auquel beaucoup s’attendaient, mais tous ses électeurs ne sont pas pour autant des extrémistes de droite. Les analyses du scrutin prouvent, au contraire, que de nombreux citoyens, en donnant leur voix au parti AfD, voulaient ainsi exprimer leur mécontentement. Puis, il est clair aussi qu’une majorité écrasante des électeurs – soit une majorité de 87, 4 % - n’a justement pas voté pour l’AfD.

Ceci m’amène à rappeler ce que nous avons également appris de la réunification allemande : pour qu’une vie commune réussie puisse exister en Allemagne, la cohésion sociale est indispensable. Et que celle-ci ne s’obtiendra que sur base d’une compréhension partagée des valeurs fondamentales et des règles en cours, d’un sentiment communautaire fort et d’une poursuite d’objectifs d’un intérêt collectif. De ce fait, il ne peut être toléré aucun écartement de ou aucune exception à l’ordre fondamental libéral et démocratique, ni aucune perturbation de la paix sociale, d’ailleurs, qui proviendrait par exemple d’une égalité des chances faisant défaut ou d’un écart excessif entre pauvres et riches.

Je suis convaincu que la conscience du sens des responsabilités et de leurs points communs – conscience présente à l’esprit de tous les démocrates siégeant au Bundestag - restera inchangée en raison de notre expérience historique et, aussi, de notre expérience dans le domaine de l’unification de pays.

La Journée de l’Unité allemande que nous fêtons aujourd’hui nous donne courage, optimisme et confiance en soi. Même dans une période difficile, nous continuons à relever les défis et nous les surmonterons – de concert avec nos amis européens. 

(tradcution de l´allemand)