Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

La coopération: un impératif européen

Belgien und Deutschland

Belgien und Deutschland, © Colourbox

06.07.2016 - Article

Bloc uni plutôt que cloisonnement national

À l’époque de la guerre froide, il existait un ordre apparemment stable marqué par l’opposition entre l’Est et l’Ouest. Avec la fin de la confrontation entre les blocs, a germé l’espoir d’un ordre nouveau et définitif qui reposerait sur l’engagement en faveur de valeurs universelles telles que la liberté, la démocratie, les droits de l’Homme et l’existence d’un État de droit. Cet espoir ne s’est pas réalisé. Aujourd’hui, à la lumière de la diversité des défis mondiaux qui se posent, nous recherchons plutôt un nouvel appui, un ordre nouveau. Des crises profondes inquiètent les gens en Europe. Des « attrapeurs-joueurs de flûte » cherchent à en tirer profit et propagent des solutions populistes inefficaces. La négation des valeurs occidentales et le retour vers une marche solitaire des États prônées par ceux-ci sont toutefois en opposition avec les expériences historiques vécues par les pays européens, dont découle l’engagement non équivoque pour une Europe unie et pour l’intégration européenne que l’Allemagne et la Belgique défendent justement.

Voilà donc bien une ironie de l’Histoire que d’entendre certains propager le cloisonnement national comme solution aux problèmes mondiaux et de voir l’intégration européenne mise en examen à une époque où, plus que jamais, les États européens doivent agir ensemble. Pourtant, l’évidence se présente à tous : aujourd’hui, à l’échelle mondiale, les États de l’Union européenne ne sont plus que des petits États qui, individuellement, ne seront pas en mesure de relever les défis.

Relever les défis tous ensemble

Les nouvelles de ces derniers jours ont été de nature à nous faire comprendre que  la crise des réfugiés est loin d’être maîtrisée. L’accord conclu le 18 mai entre l’UE et la Turquie a, bien-sûr, significativement réduit l’afflux de migrants : si la Grèce dénombrait, au mois d’octobre 2015, encore 211.663 nouveau réfugiés, ceux-ci n’étaient plus que 3.650 en avril 2016. Néanmoins, ceci signifie simplement que nous avons gagné du temps pour continuer à travailler à des solutions européennes communes. Des propositions sont déjà sur la table à Bruxelles. Il importe à présent d’obtenir rapidement des résultats. De plus, il faudra que les accords déjà conclus, dont par exemple ceux relatifs à l’accueil des migrants, soient mis en œuvre par tous les États membres de l’UE. Ce qui n’est pas souvent le cas. Les États membres de l’Union ne peuvent pas se permettre de ne pas respecter les engagements auxquels ils ont souscrits s’ils ne veulent pas perdre leur crédibilité et que les fondements d’une coopération dans un esprit de confiance soient mis en question. L’Europe ne peut pas non plus se permettre de sacrifier ses valeurs et ses principes.

Ceci vaut aussi pour les relations avec la Turquie. Eu égard à l’évolution de sa situation intérieure, c’est précisément à ce propos qu’un débat intense et animé a eu lieu récemment. Mais que les choses soient claires : la Turquie, pont vers le Proche et le Moyen-Orient instables, est pour l’Europe un pays clé par sa position géopolitique stratégique. Une coopération étroite – et pas seulement à cause de la crise des réfugiés – est autant dans l’intérêt de la Turquie que dans celui de l’Union européenne. En même temps, la Turquie ne peut pas s’attendre de notre part à un quelconque marchandage ou « rabotage » sur le plan de nos valeurs fondamentales. La dégradation de la situation sur le plan des libertés de la parole et de la presse donne lieu à une grande inquiétude. L’Allemagne l’a d’ailleurs répété plusieurs fois au cours de ses entretiens avec la Turquie. De plus, elle doit entièrement remplir les conditions à la libéralisation du régime des visas. Sur ce point, il n’est pas question que l’UE fasse des concessions.

La crise des réfugiés n’est toutefois pas le seul défi auquel l’Europe doit faire face. Le second grand défi reste pour elle la crise économique et financière. Par le déblocage d’une deuxième tranche de crédit de 10,3 milliards d’euros à la Grèce, décidé au cours des longues consultations du 25 mai dernier, les ministres des finances européens n’ont pas seulement attesté que les efforts de réforme et de diminution des dépenses du gouvernement grec sont en bonne voie ; ils ont également démontré que l’Europe est capable d’agir et qu’elle se veut solidaire.

Mais ce n’est pas tout : Le regard de l’Europe est tourné avec attention vers la Grande-Bretagne qui doit décider, par son référendum du 23 juin prochain, de son maintien dans l’Union européenne ou non. La position allemande, tout comme la belge, est claire : nous souhaitons que la Grande-Bretagne reste membre de l’UE. Ceci non seulement dans l’intérêt de la conservation de l’unité de l’Union. Je suis plutôt convaincu que, dans le cas de la sortie de la Grande-Bretagne, il en résulterait pour elle-même un dommage économique et aussi politique considérable. Et, bien entendu, aussi un désavantage pour l’UE. Mais, à présent, la parole est à l’électeur britannique. Le résultat de son plébiscite ne doit cependant en aucun cas être sous-estimé. Quel que soit le résultat du référendum, un simple « Continuons ainsi ! » n’est pas une option pour l’Europe. Le Conseil européen sera obligé de se consacrer aux résultats du référendum britannique au cours de sa prochaine session du 28 et 29 juin.

Se rapprocher en temps de crise

La menace du terrorisme et l’existence de situations instables et de conflits armés aux portes de l’Union européenne nous démontrent que l’Europe ne peut se maintenir dans le monde actuel que par une coopération étroite et solidaire. Après les attentats terroristes en novembre 2015 à Paris, ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles ont révélé l’imminence du danger. Entretemps, c’est clair pour tous : il n’y a pas que la France ou la Belgique qui soient visées, mais chaque État ouvert, respectueux de valeurs occidentales telles que la liberté, la démocratie et l’État de droit risque d’être la cible d’attaques terroristes. Voilà pourquoi il est particulièrement important, maintenant, de se montrer solidaire et de rechercher des solutions permettant de combattre efficacement le terrorisme. L’Allemagne et la Belgique peuvent donner des impulsions importantes aux débats actuels. En outre, la coopération pratique entre nos deux pays devrait – à mon sens – être étendue davantage tant sur le plan des contacts entre les services de police et du renseignement que sur le plan du dialogue sur l’intégration de minorités et sur la déradicalisation de jeunes gens à risque.

Permettez-moi de faire la remarque suivante à propos des rapports sur la situation en Belgique après le 22 mars relayés par les médias, les médias allemands y compris : La critique culminant dans le reproche que la Belgique serait un « d’État défaillant » est, de toute évidence, exagérée. La Belgique est un État de droit libre et démocratique qui n’a pas à craindre la comparaison avec d’autres États membres de l’Union européenne.

Le premier ministre Michel a lancé le slogan suivant après les attaques du 22 mars : « Serrez les rangs ! ». Si cet appel était destiné à ses compatriotes belges, il ne vaut cependant pas seulement pour la Belgique, mais également pour toute l’Europe. Car les défis majeurs qui occupent la Belgique sont aussi les défis majeurs de l’Europe.

Le partenariat belgo-allemand

Si une coopération fiable et confiante représente la clé du succès pour une affirmation de l’Europe et un ordre dans le monde, elle est bien-sûr tout aussi indispensable au niveau des questions-clés actuelles dans les  relations bilatérales belgo-allemandes. Ainsi, l’Allemagne est en contact étroit avec son partenaire belge des sujets ne relevant pas seulement de politique européenne. Nous recherchons la coopération étroite dans d’autres questions également. Ainsi, par exemple, nous avons inclus la Belgique dans les débats consultatifs dans le cadre de la planification de l’extension, jusqu’en 2030, du réseau de voies de transport et de communication allemand, puisque nous partageons les mêmes intérêts quant au maintien assuré de voies de communication performantes entre nos deux pays. Un autre domaine où la coopération bilatérale peut s’avérer fructueuse, c’est la politique énergétique. Ceci est le cas, par exemple, pour le développement d’énergies renouvelables ou dans des questions relatives à l’énergie nucléaire, comme celles qui ont été au centre de l’attention au cours de ces dernières semaines.

L’approvisionnement et le bouquet énergétique sont des thématiques qui tombent, bien évidemment, sous la compétence souveraine de chaque pays. Néanmoins, les suites d’accidents nucléaires ne s’arrêtent pas aux frontières. Nous devons donc saluer – suite à une rencontre organisée le 1er février dernier entre Jan Jambon, ministre de l’Intérieur en charge de la sécurité nucléaire en Belgique, et Barbara Hendricks, la ministre fédérale allemande pour l’environnement compétente dans ce domaine - l’accord intervenu qui ouvre la voie à une coopération bilatérale renforcée entre experts des deux pays. Cette collaboration a, entretemps, démarré sur un mode constructif et ouvert.

Le 20 avril, Mme Hendricks a prié le gouvernement belge de retirer les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 du réseau tant que les questions ouvertes concernant leur sécurité ne sont pas résolues. On a retrouvé des flocons d’hydrogène dans les cuves de chaque réacteur qui proviendraient d’un défaut de fabrication, lequel, du point de vue des experts indépendants de la Commission allemande pour la Sûreté des réacteurs, soulève la question de savoir si les marges sécuritaires indispensables pourront être garanties pour chacun des deux réacteurs dans le cas d’un incident. Raison pour laquelle l’Allemagne estime que des tests supplémentaires sont nécessaires. Dans l’attente de ces résultats, la Belgique pourrait, en décidant de retirer provisoirement les réacteurs du circuit, signaliser qu’elle prend les inquiétudes allemandes au sérieux.


  

par Rüdiger Lüdeking, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique

Publié par Le Soir online le 15 juin 2016 

Retour en haut de page