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L’Allemagne après les élections du 24 septembre - quelle incidence sur la Belgique ?

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27.09.2017 - Article

En Allemagne, les discussions politiques des semaines à venir seront placées sous le signe de la campagne électorale, puisque les citoyens allemands s’apprêtent à élire leur nouveau Bundestag le 24 septembre prochain.

Il est trop tôt, en dépit de nombreux sondages d’opinion, pour émettre des pronostics précis sur l’issue du scrutin - surtout en ce qui concerne la question de la coalition gouvernementale possible, voire celle qui s’en dégagera avec certitude. Il n’en reste pas moins que la situation de départ de la campagne électorale de même que l’état d’esprit de la population allemande permettent quelques constatations quant à quoi la Belgique et l’Europe  devront s’attendre après le 24 septembre. À mon avis, cinq éléments ont ici une importance particulière.

Premièrement, le haut niveau de stabilité : La situation économique de l’Allemagne est très bonne. C’est ce que ressent d’ailleurs une grande majorité des Allemands en regard de leur situation personnelle. Le taux de chômage a baissé progressivement, pour atteindre, selon l’OCDE, le niveau actuel de 3,9 pour cent (au premier trimestre 2017), et donc inférieur à la moitié de la moyenne européenne (8,1 pour cent). Le bon développement économique est allé de pair avec une consolidation des dépenses publiques, offrant ainsi au gouvernement fédéral des nouvelles marges de manœuvre. Puis, à la différence des autres pays, en Allemagne, on ne se détourne pas des partis établis ; c’est ce que montrent les sondages et leur comparaison avec les résultats des élections parlementaires de 2013. Le parti populiste « Alternative für Deutschland » (Alternative pour l’Allemagne) se présente en tant que parti d’une petite minorité et n’atteindra, à en croire les récents sondages, que quelque 7 pour cent lors des prochaines élections au Bundestag.

Deuxièmement, il y a une sensibilité prononcée aux questions de sécurité intérieure : Les citoyens allemands ont conscience des dangers liés au terrorisme, 80 pour cent s’attendent même à de nouvelles attaques. Parallèlement, la majorité des citoyens est décidée à ne pas se laisser intimider et de conserver son mode de vie individuel en dépit des risques. Toutefois, et cela apparaît déjà aujourd’hui, le nouveau gouvernement fédéral accordera une priorité au renforcement des forces de sécurité ainsi qu’à la prévention du terrorisme.

Troisièmement, l’importance des relations transatlantiques : L’Allemagne a toujours accordé une place centrale à ses relations avec les États-Unis d’Amérique. Aujourd’hui, ceci est encore toujours vrai compte tenu des grands défis auxquels le monde occidental se voit confronté. En même temps, la population – se détournant d’une image des USA traditionnellement très positive - a actuellement de grands doutes en ce qui concerne la fiabilité des États-Unis sous la présidence de Trump. Ce sont ces doutes qui sont à l’origine du sentiment que l’Europe doit elle-même se charger de certaines choses. La chancelière l’a bien résumé en disant que nous, Européens, devions prendre notre propre destin en main. Opinion qui souligne l’importance croissante du point suivant.

L’attachement à l’Europe et l’obligation de s’engager en faveur de l’Union européenne : 88 pour cent des Allemands sont convaincus, suivant un sondage effectué au mois de juin, des avantages apportés par l’adhésion à l’Union européenne. Bien plus de 90 pour cent jugent qu’une coopération accrue entre les pays de l’Union permettra de mieux venir à bout des défis cruciaux que représentent le terrorisme et la crise des migrants. L’Allemagne ne vise pas, bien entendu, une Europe allemande, mais une Allemagne européenne. De nos jours, à l’échelle mondiale – qui est celle observée par chaque gouvernement allemand – chacun des États membres de l’Union européenne n’est qu’un « petit pays », comme disait Paul Henri Spaak, et cela indépendamment de sa taille relative. Voilà pourquoi tous les États membres feraient bien de coopérer étroitement les uns avec les autres, s’ils veulent exercer de l’influence sur le règlement des questions mondiales.

L’Allemagne, c’est le cinquième point de ma liste, est et reste un pays ouvert sur le monde qui a parfaitement conscience de l’importance de la globalisation et du libre-échange mondial pour la prospérité de l’Europe. C’est pourquoi une grande majorité d’Allemands attache une grande importance aux relations économiques avec les États-Unis, mais également à celles avec d’autres partenaires économiques. Ainsi, pour prendre un autre exemple, l’Allemagne est tout à fait convaincue de ce que la coopération internationale doit absolument s’effectuer à l’échelon mondial afin d’être en mesure de maîtriser l’ampleur et les conséquences du changement climatique.

En fin de compte: l’Allemagne continue à être un partenaire prévisible et proche, doté d’un compas clair quant aux valeurs fondamentales à respecter et d’une conscience très développée de ses responsabilités. La politique étrangère de l’Allemagne sera encore marquée par un haut degré de continuité indépendamment des résultats des élections au Bundestag.

Le maintien de la capacité d’agir de l’Union européenne et la continuation de la construction européenne restent des centres d’intérêt primordiaux de l’Allemagne. Sur ces points, nous nous savons en accord avec la Belgique. Voilà pourquoi nous attacherons beaucoup d’importance aux relations bilatérales étroites aussi à l’avenir. Ceci est déjà très vrai dans la situation actuelle, où nous sommes amenés à mener des débats intensifs à propos de l’avenir de l’Europe. Il s’agit du renouvellement du consensus au sein de l’Europe et de l’accomplissement de solutions concrètes et à la fois perceptibles par le citoyen lambdaface aux défis clés que sont l’immigration, la sécurité, la croissance et l’emploi. Lors du Conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet, l’Allemagne et la France ont lancé une série de projets concrets et ainsi démontré leur volonté à donner de nouvelles impulsions au développement en Europe. Mais, ne nous y trompons pas : nos deux pays ne poursuivent pas une approche exclusive ; la coopération étroite et la concertation confiante avec la Belgique reste pour nous essentielle. Nous partageons avec la Belgique des convictions fondamentales en matière de politique européenne. C’est sur cette base que nous sommes en mesure d’apporter une contribution importante au maintien et à la promotion de la cohésion entre les 27 États membres de l’Union. Il s’agit là d’un but dont l’importance ne saurait être sous-estimée, si l’Europe ne veut pas glisser au second plan et devoir se contenter de jouer un rôle de figurant sur la scène politique internationale en raison de ses différends internes.

Façonner l’avenir de l’Europe continue à être une tâche primordiale, dont même les débats actuels sur la sortie de la Grande-Bretagne ne doivent pas détourner notre attention. Les préparatifs en vue des négociations relatives au Brexit ont démontré de façon exemplaire le haut niveau d’entente existant entre nos deux pays sur les questions de politique européenne. En effet, la Belgique comme l’Allemagne souhaitent maintenir un partenariat étroit avec le Royaume-Uni. Mais, en même temps, il ne peut y avoir - et là aussi la Belgique et l’Allemagne étaient toutes deux d’accord dès le départ – de « picotage à la carte ». Qui veut l’accès au marché intérieur doit respecter les quatre libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres questions importantes dans les rapports bilatéraux, la Belgique peut également s’attendre à ce que l’Allemagne maintienne un cap clair et fiable après les élections : la lutte contre le terrorisme y occupera toujours la même place très importante ; par conséquent, il yaura unintérêt pour une coopération renforcée et un échange d’expériences rehaussé avec la Belgique. Un autre sujet qui conservera sa place de choix dans les relations bilatérales, c’est la coopération énergétique. Tant la Belgique que l’Allemagne ont décidé de tourner le dos au nucléaire et se sont engagées à respecter les clauses de l’Accord de Paris sur le climat. Nous avons donc un intérêt partagé à bien nous préparer pour la transition énergétique (Energiewende) et à renforcer notre coopération dans ce sens. Il convient à ce propos de mentionner que, malgré la bonne coopération bilatérale instaurée entretemps entre les experts, les préoccupations allemandes concernant la sécurité des installations nucléaires belges persisteront après le 24 septembre. Mais cela ne doit pas faire oublier que, sur le plan économique et politique, l’Allemagne souhaitera renforcer davantage son partenariat avec la Belgique. Bref, c’est avec confiance et optimisme que j’envisage les formes que prendront les relations belgo-allemandes au cours de la prochaine législature.

  

par Rüdiger Lüdeking, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique
Commentaire paru en français le 17 août 2017 dans le journal Le Soir, le 21 août 2017 dans le journal Grenz-Echo et le 3 septembre sur le site web de VRT

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