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La crise des réfugiés – un défi pour la realpolitik européenne

eine Zeitung liegt auf weißem Hintergrund

eine Zeitung liegt auf weißem Hintergrund, © Colourbox

20.01.2016 - Article

La crise des réfugiés représente une épreuve historique. Nous devons tous y faire face et ne pouvons pas nous y dérober. Et ce n’est pas non plus par de simples procédés populistes qu’elle sera résolue. Une politique qui mise sur le protectionnisme, sur l’isolement de l’Europe n’est ni réaliste ni dans l’intérêt bien compris de l’Europe.

Les soucis des populations vis-à-vis du danger d’une surcharge et de l’épuisement des capacités d’accueil existantes sont à prendre au sérieux. Cependant, nul besoin d’avoir peur ou de nous laisser décourager. Au contraire, nous avons toutes les raisons d’être confiants, voire même optimistes au vu de ce que nous avons pu réaliser depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe : nous avons réussi à reconstruire nos pays, nous avons édifié une Union européenne réussie et nous avons surmonté la division de l’Europe. Tout ceci est de nature à nous donner confiance en notre propre force. Nous maîtriserons donc aussi la crise des réfugiés.

Mais nous n’y arriverons que si nous nous rappelons de notre responsabilité et de nos forces. Nous avons besoin d’une coopération européenne étroite, basée sur une analyse objective de nos possibilités d’action et d’une approche politique commune relevant de la realpolitik qui en découlerait.

Deux objectifs principaux doivent figurer au centre de cette approche politique :

D’une part, l’Europe doit – conformément à ses valeurs - accorder l’asile à des réfugiés politiques et des personnes craignant pour leur vie. C’est précisément au vu de la situation mondiale pénible actuellement, où les droits humains fondamentaux sont remis en question, qu’il n’est pas dans l’intérêt de l’Europe de refouler tout simplement des bénéficiaires du droit d’asile. Au contraire, l’Union européenne ferait mieux de d’affirmer son engagement pour un régime de droit et le respect inconditionnel des droits de l’homme, et de montrer le bon exemple par un comportement allant dans ce sens.

D’autre part, il importe de trouver une solution durable à la crise des réfugiés. Les capacités d’accueil étant presque épuisées, la diminution considérable de l’afflux des migrants est passée au premier plan des préoccupations actuelles.

À présent, voici venu le moment d’agir avec détermination et courage sur plusieurs plans :

Au niveau national, il convient d’adapter les procédures et les réglementations relatives à un accueil contrôlé des migrants, afin de répondre de façon adéquate aux défis. À cet égard, il faudrait entre autres prendre les mesures nécessaires à un rapatriement aussi rapide que possible des migrants refusés, à côté d’actions immédiates visant à supprimer toute incitation erronée. À longue échéance, il s’agit avant tout d’assurer l’intégration effective des personnes en quête de protection et qui doivent être accueillies. Ces personnes doivent se prononcer sans aucune ambiguïté pour les valeurs centrales de notre communauté telles que la liberté, l’État de droit et la tolérance, car nous n’avons pas de place pour des fanatiques religieux et des auteurs d’actes de violence. Et nous ne pouvons pas non plus tolérer qu’il y ait des sociétés parallèles. L’Allemagne a ainsi, par une réforme de ses lois sur l’asile, déjà pris des décisions nécessaires dans ce sens.

Mais une action déterminée s’impose aussi au niveau européen et international. La crise des réfugiés constitue un problème à l’échelon mondial et ne pourra pas être résolue au seul niveau national. Cette constatation paraît banale, mais est pourtant souvent ignorée dans la pratique.

L’Europe se doit avant tout d’agir communautairement et solidairement. Ce faisant, elle doit veiller à rétablir la protection stricte de ses frontières extérieures et d’instaurer une politique d’asile commune qui tient compte, aussi, de la nécessité d’une répartition équitable des charges dans la résolution du problème de la migration. Au mois de décembre, le Conseil européen a procédé à un examen critique du bilan européen concernant la question des réfugiés et a souligné l’urgence d’agir sur un grand nombre de questions.

Il s’agit, en fin de compte, de lutter contre les raisons amenant des migrants à fuir leurs pays d’origine ou de transit. Voilà probablement la tâche la plus ardue qui nous attend et qui ne pourra, encore une fois, être accomplie que sur le fondement d’une solidarité européenne et en étroite coopération avec les pays concernés. C’est ensemble que nous devons nous engager pour la paix et la stabilité en Syrie, en Irak, en Afghanistan et dans certains États africains. Ensuite, nous devons soutenir avec instance les États qui ont déjà accueilli un très grand nombre de réfugiés chez eux. D’où l’importance capitale que revêt la coopération avec la Turquie, mais également avec la Jordanie et le Liban.

L’Allemagne accepte de prendre ses responsabilités et poursuit une politique empreinte de realpolitik englobant tous les niveaux d’action évoqués. L’Allemagne s’engage en faveur d’une politique active et déterminée de l’Union européenne. Les pays de l’Europe doivent se remémorer leurs intérêts communs, faire face à la réalité et agir de façon concertée. Celui qui se détache de la solidarité européenne agit à la légère et en myope, car le problème des réfugiés ne peut être ni ignoré, ni résolu par la construction de clôtures et de murs. Un échec en politique migratoire porte en lui le danger de conséquences profondes pour l’Europe dans son ensemble. Il en va de beaucoup plus que juste de l’intégrité du système Schengen.

 

par Rüdiger Lüdeking, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique

Commentaire paru en néerlandais le 2 janvier 2016 dans le journal De Tijd 

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